Discours du Bâtonnier François Prum lors de la réception du Barreau du 19 octobre 2016

Distingués invités, mes chers confrères, chers amis,

Je vous souhaite la bienvenue à la traditionnelle réception du barreau. Cette institution a comme finalité de rassembler les acteurs de la grande famille judiciaire de Luxembourg. Elle permet aux avocats assumant ou ayant assumé des responsabilités dans notre Ordre (membres du CO et du CDA, membres des commissions actives et de la CJBL, anciens Bâtonniers,  etc) de se rencontrer pour échanger sur les défis de notre profession tout en rencontrant les représentants de la Magistrature, du Ministère de la Justice, du pouvoir législatif etc. Il s’agit en résumé d’une plateforme conviviale, idéale à des échanges professionnels et privés.

Il est également d’usage que lors de la réception traditionnelle le Bâtonnier s’adresse à ses convives pour leur parler de la vie du barreau, des problèmes auxquels l’ordre doit faire face et des remèdes proposés.

Si je restais fidèle à cette tradition je retiendrais votre attention pendant de très longs moments. Je vous parlerais de l’AJ qui malgré de grands efforts du personnel de la maison de l’Avocat ne donne toujours pas satisfaction, des taxations d’honoraires qui ne sont pas évacuées dans des délais acceptables, des réserves financières du barreau qui ont été absorbées au cours des dernières années par nos projets en informatique sans que des grands résultats ne soient visibles à ce jour etc.

Vous l’aurez déjà compris : je n’ai pas envie de vous parler aujourd’hui de tout ceci car l’heure n’est pas à la lamentation et en plus  l’occasion est mal choisie car tout ceci n’intéresse pas nos convives non-avocats. Nous en débattrons lors de la prochaine assemblée et vous tiendrons au courant via des newsletters au courant de l’année.

Avant toutefois vous souhaiter une excellente soirée je me permets de retenir votre attention sur quelques sujets d’actualité présentant des défis auxquels notre barreau, aujourd’hui fort de quelque 2.500 membres, fait face.

Les répercussions de ce monde qui change sur notre profession sont très importantes. La présomption d’innocence fait place à la condamnation par la grand public, le secret des affaires est ébranlé par une nouvelle Morale Universelle, les voleurs d’informations sont célébrés comme des  héros.

Souvent l’avocat se trouve au beau milieu du tumulte et est bêtement critiqué comme co-auteur ou complice de ces mandants voire même comme architecte de montages sulfureux pour permettre à ces derniers de frauder le fisc. Mais l’avocat sait se défendre contre ces attaques infondées, propagées souvent par la voix de la presse et des milieux qui ignorent nos lois et font fi du fonctionnement des marchés et de l’économie en général. 

Le Luxembourg se distinguait pendant des décennies de ces voisins par sa stabilité politique et juridique et la sécurité qui en découlait. Fort de son indépendance, tenu à son secret professionnel et encadré par des règles légales et déontologiques précises, l’Avocat est le conseiller de confiance par excellence. Ce n’est pas par hasard que nous sommes 10 fois plus nombreux qu’il y a 25 ans.

Nous résisterons pour cette raison à toute attaque qui viserait à affaiblir le secret qui est le nôtre et qui nous contraindrait à révéler ce qu’on nous a confié.

De même nous interviendrons devant qui de droit pour stopper toute initiative qui aurait comme conséquence de dissuader des investisseurs à créer des sociétés à Luxembourg dans lesquelles les administrateurs seraient tenus solidairement responsables des taxes et impôts non acquittés par la société.

Nous prendrons spontanément des initiatives pour améliorer les lois et règlements qui gouvernent notre profession et notamment l’accès à celle-ci. Un groupe spécial a d’ailleurs été créé au sein du conseil de l’ordre à ce propos. Ce groupe analysera sous peu l’éventuelle réinstauration du droit de rétention, principe bien ancré dans notre Code civil, auquel il a été renoncé il y a quelques années lors d’une refonte du RIO.

Le conseil de l’Ordre résultant des urnes du 7 juillet 2016 est très uni et représentatif de notre barreau. Il se compose harmonieusement d’avocats issus de cabinets contentieux et de cabinets d’affaires, petits, moyens et de grande taille. Afin de garantir un engagement poussé de chaque membre, des charges spécifiques ont été attribuées à tous. La liste des prédites charges fera l’objet d’une prochaine publication de notre site. Je suis convaincu que dans cet effort conjoint les représentants du barreau font un excellent travail dans le seul intérêt de notre profession et de nos mandants.

Grâce à l’engagement des Bâtonniers et des membres du conseil de l’Ordre qui m’ont précédé, notre profession est restée indépendante, unie et autorégulée. 

L’équipe en place depuis la rentrée veillera à ce que ceci ne change pas.

Tout en excusant l’absence du Ministre de la Justice avec qui je me suis entretenu cet après-midi, je vous souhaite maintenant à tous une excellente soirée.